Planche « Robespierre et nous »

Evariste Gamelin monta sur l’échafaud à la suite de Robespierre. Comment comprendre que ce jeune peintre épris d’arts et d’idéaux ait pu devenir un révolutionnaire acharné justifiant toutes les atrocités commises durant cette époque ? Dans le livre publié en 1912 ‘’les dieux ont soif’’ Anatole France, qui recevra le prix nobel de littérature en 1921, met en scène ce personnage plutôt falot et que rien ne destinait ensuite à devenir l’incarnation de la foi absolue dans la Révolution, prêt à tout sacrifier pour elle. Comment un homme sincèrement innocent et candide peut-il devenir un bourreau justifiant tout au nom de la vertu révolutionnaire ? Est-ce les évènements qui l’ont transformé ? Avait-il au fond de lui, de sa personnalité profonde, le terreau sur lequel allait pousser le fanatisme, l’absence de commisération ?

Ce texte est celui des pourquoi, des questions sans réponses où il n’y a de réponses satisfaisantes, sur aucune des pistes dans les développements ci-dessous.

Pourquoi des êtres humains, même les plus intelligents et les plus avertis, en arrivent-ils dans leurs actes à faire exactement l’inverse de ce qu’ils sont réellement ? Voire d’être à l’opposé de leur personnalité profonde ?

A l’inverse, pourquoi risque-t-on de s’opposer de se singulariser au risque d’être seul, peut-être marginalisé voire à certains moments menacés au point d’en perdre la vie ? A l’inverse pourquoi sommes-nous lâches, faibles, veules et parfois ou souvent fermons les yeux ? Question de moment ? de circonstance ? d’ambition ? d’envie ? de conviction ? de fatigue ?

Prenons quelques exemples collectifs ou individuels, du passé ou contemporain sur lesquels on peut s’arrêter parce qu’ils questionnent.

Pourquoi tous les jours alors que L’Europe reçoit toutes les invectives inimaginables des dirigeants américains, les chefs d’Etat de l’Europe se repaissent dans la flagornerie la plus lamentable ? Est-ce par lâcheté et couardise, est-ce une stratégie finement pensée en jouant sur le temps ou bien encore, et pourquoi pas, les deux à la fois ?

Pourquoi en 1572 le jour de la Saint-Barthélemy une ville entière assassine en une journée des milliers d’innocents ?

Dans son célèbre discours de la servitude volontaire en 1576, Etienne de La Boétie s’étonne devant le paradoxe selon lequel des peuples entiers se soumettent volontairement à la domination d’un tyran. Il se demande comment il est possible qu’un seul homme parvienne à asservir des millions d’êtres humains ? Faut-il les citer encore et encore ? Hitler, Staline, Mao et combien d’autres avant, ou après notamment encore aujourd’hui ?

Et à titre individuel posons deux autres exemples contraires l’un à l’autre :

Pourquoi dans le film de 1957 ‘’douze hommes en colère’’ de Sydney Lumet, relatant un procès pour meurtre aux Etats-Unis et alors que l’issue ne fait pas de doute pour la totalité des jurés, un seul homme, un seul, s’oppose aux onze autres et après de multiples questionnements convaincra du ‘’doute raisonnable’’ tous les autres jurés pour finalement faire acquitter le présumé coupable ?

Pourquoi à l’inverse, Valérie Giscard d’Estaing fervent catholique et profondément opposé en lui-même à la peine de mort, et alors qu’il en avait le pouvoir, refuse de gracier Christian Ranucci, condamné à mort pour le meurtre d’une petite fille puis exécuté en juillet 1976 ?

Il n’y a pas de réponses définitives ou générales à ces questions. On pourrait trouver beaucoup d’explications. Prenons quand même le temps d’esquisser quelques pistes issues de réflexions, lectures et écoutes.

Commençons par un premier livre c’est celui de la philosophe Cynthia Fleury intitulé ‘’ci-git l’amer’’ (comme l’amertume) qui traite du ressentiment. Ce livre est sorti en octobre 2020.

Dans cet essai philosophique, Cynthia Fleury analyse le ressentiment comme une maladie de l’âme individuelle et collective. Elle cherche à comprendre comment il naît et pourquoi il s’installe. Le ressentiment est une blessure (réelle ou ressentie) qui n’a pas été digérée et qui se répète intérieurement. Il naît souvent d’une souffrance, d’une humiliation ou d’un sentiment d’injustice. Il finit par transformer le rapport au monde : jalousie, envie, victimisation, désir de vengeance. Le ressentiment dans toute société peut aussi devenir collectif : il nourrit la haine sociale, le complotisme, la dévalorisation des autres et la perte de discernement. Dans une émission sur Arte récemment il était dit qu’une enquête récente révélait que 8 français sur 10 croyait à au moins un complot. Je vous laisse digérer cela quelques instants. 

Mais sommes-nous véritablement maîtres de nos choix, ou bien les fils invisibles du destin, des causes naturelles et des déterminismes sociaux dirigent-ils nos actes à notre insu ? Telle est la grande question du libre arbitre, notion centrale de la philosophie morale, de la théologie et, désormais, des sciences contemporaines. Le libre arbitre peut se définir comme la faculté qu’aurait l’être humain de se déterminer lui-même, de choisir entre plusieurs possibilités en pleine conscience. Il s’oppose au déterminisme, selon lequel tout événement résulte nécessairement de causes antérieures, ainsi qu’au fatalisme, qui suppose que tout est déjà écrit. De l’antiquité à aujourd’hui, le libre arbitre demeure une question ouverte. Entre l’exigence morale de responsabilité et la découverte des multiples déterminismes qui nous traversent, l’être humain apparaît à la fois libre et conditionné. Le débat sur le libre arbitre n’est donc pas seulement théorique : il touche à la justice, à l’éducation, à la morale et à la dignité humaine. 

Une autre notion aussi pourrait compléter utilement cette notion de libre arbitre. Posons ici, sans aller plus loin, le concept de biais cognitif. C’est un mécanisme de la pensée qui entraîne une déviation du jugement. En quelque sorte pour échapper à la réalité, on se ment à soi-même. On se raconte des histoires pour se rassurer et ne pas voir la réalité en face. Et pourtant nous l’avons tous fait parfois…

Simone de Beauvoir disait que le principal fléau de l’humanité n’était pas l’ignorance mais le refus de savoir.

Dans un autre livre, publié très récemment, intitulé : Penser comme Poutine : une menace pour nos démocraties, l’auteur présente une analyse consacrée à l’influence idéologique exercée par le pouvoir russe sur certaines opinions occidentales. L’auteur y démontre que la menace ne réside pas seulement dans la puissance militaire de la Russie, mais aussi dans sa capacité à diffuser une vision du monde favorable à ses intérêts.

Selon cette thèse, certains responsables politiques, intellectuels ou commentateurs français reprennent spontanément les arguments du Kremlin : l’Occident serait responsable des tensions avec la Russie, l’élargissement de l’OTAN constituerait une provocation, et l’Ukraine devrait accepter une neutralité imposée pour préserver la paix. L’auteur identifie également plusieurs ressorts idéologiques présents notamment en France : un antiaméricanisme ancien, une fascination pour les régimes autoritaires dits forts, la nostalgie d’une grandeur nationale perdue, ainsi qu’une méfiance croissante envers les démocraties libérales et, je rajouterai, leurs dirigeants. Ce livre apparaît comme un avertissement salutaire. Et bien au-delà de sa thèse on pourrait ajouter que défendre la liberté suppose donc de combattre la désinformation, de préserver l’esprit critique et de ne jamais confondre réalisme politique et renoncement moral.

Mais revenons au titre de ce texte; Robespierre et nous. Encore aujourd’hui, les idées de Robespierre continuent à sous-tendre un certain nombre de débats contemporains. Ses idées se retrouvent aujourd’hui dans des tensions et paradoxes qui reflètent l’évolution de nos sociétés notamment sur son insistance sur la vertu publique et l’intégrité morale dans la vie politique et la rigueur éthique, surtout à une époque où la corruption et la défiance envers les institutions apparaissent comme des fléaux récurrents. Son exigence interpelle les citoyens désireux de restaurer la confiance et la transparence dans la gouvernance moderne. Cependant la pensée robespierriste, qui prônait parfois le sacrifice de libertés individuelles au nom d’un idéal républicain absolu, soulève encore aujourd’hui des questions cruciales. Comme l’écrit si justement Marcel Gauchet, dans son livre ‘’Robespierre, l’homme qui nous divise le plus’’ la vérité est que les fins étaient justes mais que les moyens ont été atroces.

La Boétie, pour sa part, explique que la clé pour se libérer de la tyrannie ne réside pas dans une lutte violente ou dans la défaite du tyran par la force, mais dans le refus même de lui fournir le soutien, le consentement ou la matière dont il se nourrit. Si les peuples retiraient leur obéissance, même silencieuse, le tyran se trouverait dépouillé de sa « nourriture » et de sa légitimité.

Quant à Cynthia Fleury pour sa part elle propose de ne pas nier la souffrance mais de la transformer. La guérison passe par une ‘’augmentation de soi’’ c’est-à-dire devenir plus libre, plus lucide, plus responsable.

Si on en revient aux textes fondamentaux du Grand Orient de France, la réponse semble théoriquement évidente et répond en quelque sorte en écho, en vis-à-vis, à ce que j’ai dit précédemment. 

‘’La Franc-Maçonnerie a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité ; elle travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’Humanité. Elle a pour principes la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience. Elle recommande à ses adeptes la propagande par l’exemple, la parole et les écrits.’’

Avec ça, pas besoin d’autre chose. Et pourtant. L’histoire des francs-maçons montre bien que, notamment, le GODF et ses dirigeants ont par le passé accepté très souvent une forme de soumission à tous les régimes. Souvent en contradiction avec les valeurs. Et que dire des francs-maçons allemands qui dans les années 1930 installaient dans les décors de leur temple la croix gammée espérant ainsi être sauvés ?

La franc-maçonnerie est une école d’éveil et de transformation personnelle. L’éveil parce qu’en arrivant et quel que soit son origine, ses convictions et ses aspirations le travail en loge doit réveiller, doit conscientiser chacun. Celui ou celle qui ne doute jamais n’a pas sa place en loge. On parle du doute comme méthode. Douter c’est poser des questions et si besoin soit renforcer ses convictions soit les ébranler au point de les changer dans un sens meilleur pour soi et pour les autres. La  transformation personnelle et progressive par l’écoute et la confrontation pacifique des idées avec celles des autres entraînent le Franc-maçon vers un basculement que l’on peut emprunter aux quatre vertus cardinales : la tempérance qui est le fait de s’exprimer avec modération parce qu’elle fait appel à l’intelligence plus qu’à la passion ; la prudence, pris dans son sens antique, parce qu’elle signifie qu’il faut choisir son moment et c’est tout sauf de la couardise ou de la peur; le courage parce qu’il faut dire ou faire ce qui doit l’être dans le respect de tous appuyés sur des convictions humanistes profondes ; et enfin la justice parce que chacun doit apporter son tribut pour que tous puisse en profiter.  Enfin, On peut rajouter la lucidité qui paraît  comme une sorte de cinquième vertu cardinale car elle permet finalement de relativiser son savoir et de le faire évoluer donc de prendre une distance dans l’engagement. Bergson disait qu’il faut toujours penser en homme d’action et agir en homme de pensée. C’est toute LA méthode maçonnique finalement. 

En conclusion on peut terminer ce mon propos par un très beau livre qui semble être un guide pour les franc-maçons. Jean Birnbaum dans son livre au titre évocateur ‘’le courage de la nuance’’ constate que le débat public contemporain est dominé par la polarisation. Chacun est sommé de choisir un camp, et toute position intermédiaire est perçue comme suspecte. Les réseaux sociaux ont accentué ce phénomène en transformant la discussion en affrontement. Toute analyse nuancée est interprétée comme une trahison. Birnbaum affirme que la nuance n’est pas une posture confortable mais un effort exigeant. Elle suppose de résister aux pressions idéologiques, de supporter l’isolement et d’accepter l’inconfort. La nuance est une forme de courage et une force. Elle exige de penser parfois contre son camp, de reconnaître la complexité du réel et de maintenir le dialogue. Une vertu maçonnique en quelque sorte. 

5mn de symbolisme « Le pain »

V :. M :. et vous tous mes frères et sœurs en vos grades et qualité,

Si le temple représente le monde, alors cet été le monde a changé : l’occident pèse moins lourd. Vos deux surveillants préférés, accompagnés de NTCF G…, en avaient fait le pari et, se souvenant après pas mal d’années du repas frugal, le pain et l’eau, offert dans le cabinet de réflexion, ils ont entrepris ce que chaque maçon est sensé faire mais qui, pour eux, était inconcevable : dégrossir la pierre brute. Alors ce soir, retournons quelques instants dans le cabinet de réflexion et arrêtons-nous sur la présence du pain, bien qu’il ne soit pas recommandé dans tous les régimes.

Le pain possède une charge symbolique puissante et s’il n’est pas question ce soir d’en détailler tout le sens, commençons par rappeler quelques fondamentaux. Le pain est l’aliment de base traditionnel dans beaucoup de civilisations. Il est intimement lié à
l’agriculture et à la technique, puisque de nombreuses étapes sont nécessaires à sa fabrication, depuis le battage du blé jusqu’à l’élaboration de la pâte et sa cuisson. Il véhicule des valeurs universelles, simples, mais fondamentales pour l’accomplissement de chacun. Il représente les moissons, les cycles, l’alternance des phases de mort et de résurrection. Pour les Juifs, le pain levé rappelle la condition ancienne, celle de l’esclavage et du péché avant l’exode. A l’inverse, le pain sans levain symbolise la pureté et la vérité. Tandis que chez les Chrétiens, le pain est un aliment sacré. Il rappelle la dernière Cène, le dernier repas que Jésus a partagé avec ses apôtres avant sa Passion, et en incarnant le corps du Christ dans l’Eucharistie ; il devient le lien matériel de communion entre Dieu et les hommes.

Dans de nombreuses cultures, le pain se partage avant d’être consommé et de ce fait, il est lié à charité et à la fraternité. En franc-maçonnerie, le pain est l’un des premiers symboles que le novice rencontre au début de son initiation. Peut-être parce qu’il combine les quatre éléments alchimiques : la terre d’où germent les épis de blé, l’eau, l’air avec l’action du levain et du pétrissage, et bien sûr le feu. Terre, Eau, Air, Feu, tous les quatre se rejoignent dans ce qui est devenu la base de l’alimentation humaine. Dans les rites maçonniques, il existe des mots de passe qui appartiennent au champ lexical du pain et le compagnon lui-même est littéralement « celui avec qui l’on partage le pain ». Le pain associe intimement deux valeurs centrales et universelles : celle du travail et celle du partage. Le franc-maçon est comme le pain : il faudra un long travail de tri (on pense au bon grain et à l’ivraie…), de pétrissage et de transformation intime pour devenir un homme accompli. Notons que le symbolisme du pain est proche de celui de la pierre : il faut tailler la pierre comme il faut pétrir la pâte, et cela
nécessite savoir-faire, expérience, effort et volonté.

Cette analogie m’a fait penser au poème en prose de Francis Ponge, qui s’intitule Le Pain. Voici un extrait : « La surface du pain est merveilleuse d’abord à cause de cette impression quasi panoramique qu’elle donne : comme si l’on avait à sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des Andes. Ainsi donc une masse amorphe en train d’éructer fut glissée pour nous dans le four stellaire, où durcissant elle s’est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, crevasses… » Par cette évocation, Francis Ponge m’a rappelé les gongshi ou pierres de lettrés, que les hommes érudits poètes ou peintres chinois posaient sur leur table pour leur donner l’inspiration ou les faire s’évader. La croûte du pain est comme ces montagnes, ces vallées, ces grottes en miniature, comme autant de représentations réduites du monde, à la manière de fractales. Et le franc-maçon est
semblable au poète ; il est semblable au lettré chinois : chacun, à sa manière, explore le monde souterrain des symboles, du langage ou des rêves, chacun contemple l’harmonie des horizons, chacun dévoile les liens invisibles entre les vérités.

Mais revenons à des considérations plus terre à terre : pour J…, G… et moi, les repas frugaux
sont toujours au programme. Plus ou moins… Il est encore loin le temps où je pourrai évoquer devant vous cet autre poème de Francis Ponge intitulé « La Crevette ». De toute façon, je suis sauvé, il n’y a aucune trace d’un tel crustacé dans le répertoire des symboles maçonniques. Et oui, pour nous trois, de longs et pénibles efforts seront encore nécessaires avant que notre tâche soit achevée.

La pierre brute est à peine dégrossie. L’heure du repos n’est donc pas arrivée.

J’ai dit.

5mn de symbolisme « La Communauté initiatique ou le Centre de l’Union »


V :. M :. et vous tous mes frères et sœurs en vos grades et qualité,

La franc-maçonnerie ne prévoit pas de noviciat, cette période nécessaire pour qu’un candidat qui souhaite entrer dans un ordre religieux, fasse l’expérience de sa vie future, puisse éprouver sa volonté et acquérir la certitude de sa vocation. Au contraire ! Dès son initiation, l’apprenti franc-maçon doit directement faire face au long chemin qu’il a décidé d’emprunter. Dès cet instant, on lui demande une persévérance et une vigilance constantes : ses maîtres-mots deviennent assiduité, travail, comportement exemplaire, maîtrise de soi… jusqu’à ce qu’il se rende apte, ou non, à passer la succession de grades qui se présentent à lui.

Avant de prononcer ses vœux et d’intégrer définitivement sa communauté, le novice à la vie religieuse a déjà eu un aperçu de ce que sera son existence. Mais avant son initiation, l’Apprenti maçon, lui, n’en a au contraire aucune idée. Et à moins de démissionner, il n’a plus vraiment le choix : ce sera à lui de percevoir la Sagesse en éprouvant le silence, la Force en apprenant à diriger sa volonté, la Beauté en s’intégrant harmonieusement à la communauté qui l’a fait naître.

Cette méthode maçonnique nous oblige triplement :

  • D’abord, lors du vote par boules blanches et noires, elle oblige les membres de la loge à
    dissiper tout doute résiduel, à se poser la question : le candidat pourra-t-il s’intégrer
    facilement dans notre communauté ? Je vous avoue que, toutes les fois que j’entends, en
    parlant d’un candidat potentiel, une phrase du style « lui, ça lui ferait du bien de nous
    rejoindre », je suis gêné. La question se pose peut-être pour certains mais elle ne doit pas
    être placée au centre du débat.
  • Ensuite, elle oblige le nouvel apprenti à se fondre dans la communauté qui l’a élu, à s’y
    intégrer comme les bâtisseurs des cathédrales s’intégraient aux chantiers successifs dans
    lesquels ils étaient admis : en donnant le meilleur d’eux-mêmes, en apportant leur style
    propre, tout en gardant une forme d’humilité. Sauf dans de rares exceptions, leur nom a
    disparu. Et seule leur contribution à la construction collective reste dans l’Histoire.
  • Enfin, pour tendre vers une forme d’universel, elle oblige la loge à adopter deux attitudes
    d’équilibre, tout aussi importantes l’une que l’autre :
    – d’une part maintenir une forme de tradition initiatique qui respecte les fondamentaux du rituel afin de rester une puissance symbolique,
    – d’autre part remettre perpétuellement en question sa méthode, autrement dit être
    capable de faire circuler le verbe, reformuler le rituel et travailler les symboles.
  • Au tout début de la cérémonie, le rituel d’initiation nous enseigne ceci « La franc-maçonnerie a été fondée pour être le Centre de l’Union. Cette mission impose des devoirs qu’il faut accepter sans réticence et avec enthousiasme. » Cette formule « le Centre de l’Union » signifie que la loge est un foyer spirituel, un creuset, un espace où chaque membre, tout en étant unique, contribue à l’unité collective et aspire à des valeurs de fraternité et de sagesse au service de la communauté.
  • J’ai dit.

Cérémonie en hommage à Samuel PATY et Dominique BERNARD le vendredi 16 octobre 2026 à 12h au Square Samuel PATY, 75005 Paris

En hommage à Samuel PATY et Dominique BERNARD, le Grand Orient de France et le Collectif Laïque National vous convient à une cérémonie vendredi 16 octobre 2026 à 12h00 au Square Samuel PATY (75005 PARIS), en présence de dignitaires des Obédiences maçonniques et de présidents d’associations laïques.

Discours de Guillaume TRICHARD, Grand Maître du Grand Orient de France en hommage à Samuel Paty et Dominique Bernard – Paris, Square Samuel Paty, prononcé le 16 octobre 2026.

Mes Très Chers Frères Grands Maîtres, Mes Très Chers Frères et Mes Très Chères Sœurs dignitaires des Obédiences amies,
Mesdames, Messieurs les Présidents des associations du Collectif Laïque National,
Mes Très Chers Frères et Sœurs Conseillers de l’Ordre du Grand Orient de France,
Mes très Chers Frères Anciens Grands Maîtres du Grand Orient de France,
Mesdames, Messieurs les élus de la République,
Mes Très Chers Frère, Mes Très Chères Sœurs,
Mesdames, Messieurs, chers amis,

Il faisait son métier. Il aimait son métier. Il aimait ses élèves.
Mieux : il leur était dévoué, dévoué à leurs apprentissages, dévoué à leurs progrès sur la voie de la connaissance, dévoué à l’épanouissement de leur curiosité et de leur intelligence, car il avait, au cœur, la passion de la transmission.

Enseigner, expliquer, transmettre.

Transmettre pour éclairer, transmettre pour ouvrir l’esprit, transmettre pour faire grandir, transmettre pour « augmenter ».

Il aimait passionnément faire cours, il aimait l’idée que, dans ces moments, par l’alchimie de la transmission, le flambeau du savoir passait insensiblement de génération en génération, raffermissant la chaîne vitale du genre humain.

C’était là son idéal. C’était là sa vie.
C’était l’un des cœurs ardents de son existence.
C’était l’idéal de Samuel Paty, dont nous célébrons aujourd’hui la mémoire.
Et, à ses côtés, nous honorons celle bien sûr de Dominique Bernard, autre martyr de l’École de la République.
Ces deux professeurs, ces deux héros de notre école ont été des sentinelles de la République.
Ils ont tenu leur rang.
Ils ont rempli leur rôle.
Jusqu’au bout.
Admirablement.

Samuel Paty a été le gardien vigilant, appliqué des idéaux les plus élevés de notre République indivisible, laïque, démocratique et sociale.

De la trempe des généreux, il avait voué son énergie et son talent à la puissance d’émancipation de notre école. Et c’est de cela, précisément, qu’il est mort. C’est cela qu’a visé et frappé son bourreau, avec l’implacable fureur des fanatiques.

Ces derniers, ne nous y trompons pas, savent toujours ce qu’ils font.

Oui, son assassin, avec une radicalité dans le mal qui glace le sang, a puni de mort l’humanisme de sa victime.

Samuel Paty n’a commis aucune faute. Il n’a fait preuve d’aucune imprudence. Il n’est coupable d’aucune incartade, d’aucun mot malheureux. Il est déplorable, lamentable, obscène même que certains osent encore le laisser entendre, six ans après son assassinat…

Répétons-le : il n’a fait que son métier, servant encore et toujours, avec une persévérance remarquable, la cause du savoir et de sa transmission.

C’est pour cela qu’il a été assassiné.

Le 16 octobre 2020, à Conflans Saint-Honorine, dans les Yvelines, où nous lui rendrons un nouvel hommage demain matin à 11heures, l’impensable s’est produit : un professeur de notre République a été assassiné, décapité par un terroriste islamiste, pour avoir enseigné la liberté d’expression.

Trois ans plus tard, le 13 octobre 2023, devant le lycée d’Arras dans le Pas-de-Calais, Dominique Bernard périssait à son tour sous les coups de couteau d’un terroriste islamiste.

Samuel Paty fut sauvagement décapité pour avoir simplement enseigné, après avoir été dénoncé par une élève et avoir été victime d’une campagne de haine menée avec une féroce intensité sur les réseaux sociaux. Lors d’une leçon sur la liberté d’expression, il avait montré à ses élèves une caricature de Charlie Hebdo.

Son intention était d’expliquer le sens des images, d’analyser avec eux leur force satirique, de leur apprendre à comprendre, à questionner, à exercer leur jugement.

En un mot, à penser librement.

Deux enseignants, l’un d’histoire-géographie, l’autre de français.

Une même passion de la transmission.

Un identique attachement à la République.

Une même fidélité à sa promesse d’égalité et d’émancipation.

Dans une époque de tous les excès, de tous les vertiges et de toutes les confusions relativistes, ces deux professeurs-courage n’ont rien cédé sur l’essentiel.

Ils ont tenu leur place avec droiture. Ils ont cru profondément dans la personne humaine, dans sa capacité à progresser, à s’élever, à s’émanciper.

Ils étaient, au sens le plus noble du terme, des héritiers des Lumières, des militants du progrès humain et de la “perfectibilité”.

Une idée, en particulier, leur était chère : la laïcité.

Ils savaient, par expérience, et par connaissance, que sans ce principe recteur, c’est la liberté de conscience elle-même qui se trouve menacée.

Ils se voulaient les humbles et efficaces serviteurs de cette laïcité, chaque jour, dans leur salle de classe.
Ils n’ignoraient pas non plus que ce principe si incompris, si contesté, si bafoué de nos jours, est d’abord un principe de liberté : un principe qui libère, au sens premier du terme.

Car la laïcité ne retranche rien à la liberté. Elle la rend possible.

Comme le voulait Ferdinand Buisson, l’un de ses grands penseurs, le principe de la laïcité garantit à chacun la liberté de croire ou de ne pas croire, respecte les convictions de tous, et fonctionne dans notre République comme une voûte de soutènement de la liberté de conscience.

Mes Très Chers Frères, Mes Très Chères Sœurs, Mesdames, Messieurs, chers amis,
Alors que nous célébrons aujourd’hui la mémoire de Samuel Paty et de Dominique Bernard, une question nous oblige : que faisons-nous de leur héritage ?

Si leur exemple lumineux, par-delà la mort, demeure vivace pour nous, s’il reste une inspiration et une puissante source d’espérance, c’est parce qu’ils ont été des « Républicains de bataille », au sens que Georges Clemenceau donnait à cette expression.

Oui, ils ont été, l’un dans les Yvelines, l’autre dans le Pas-de-Calais, à leur poste et – si j’ose le dire ici – en leurs grades et qualités, des Républicains de bataille.

Des Républicains ardents et vigilants.

Des Républicains déterminés.

Ils ont porté une idée de l’école reposant sur une exigence simple, non négociable : que l’école demeure un espace protégé des pressions religieuses, idéologiques et identitaires. Non par hostilité envers les religions, mais pour permettre à chaque élève de construire librement son jugement, sans subir de pression sur sa conscience.

Car l’École de la République n’a pas vocation à assigner les enfants à leurs origines, à leurs croyances ou à celles de leurs parents. Elle a vocation à leur ouvrir tous les horizons. Les idées mortifères prospèrent toujours sur la perte des repères fondamentaux. Samuel Paty et Dominique Bernard le savaient.

Oui je vous le dis, si nous ouvrons les portes de l’institution scolaire à ces doctrines qui prétendent assujettir les consciences, si nous cédons devant ceux qui veulent substituer leurs dogmes aux principes de la République, alors c’est la mission émancipatrice de notre école que nous abandonnons. Et, avec elle, la clé de voûte de notre République.

Et je veux le dire clairement ici, peu importe les risques, l’islamisme constitue aujourd’hui l’une des expressions les plus dangereuses de ce fanatisme qui prétend soumettre la liberté de conscience à la loi religieuse. C’est l’idéologie islamiste qui a armé le bras des meurtriers de Samuel Paty et de Dominique Bernard.

Ces deux serviteurs de l’Éducation nationale connaissaient le danger de l’intégrisme et du fondamentalisme. Et c’est à ce péril qu’ils ont opposé, jusqu’à leur dernier souffle, un pari sur le savoir, un pari sur la connaissance émancipatrice.

Ce pari nous oblige.

Dans la fidélité à leur mémoire, nous devons nous mobiliser contre le fléau de l’islamisme. Oui, il nous faut tenir en cette occasion un langage de vérité.

Partout dans le monde, l’islamisme continue à semer la désolation et le chaos. Partout où il impose son emprise, l’islamisme menace les libertés, nourrit l’intolérance, légitime les persécutions et, dans ses formes les plus violentes, répand la terreur.

Depuis la fondation des Frères musulmans en Egypte en 1928, jusqu’aux mouvements djihadistes contemporains, les différentes expressions de l’islamisme politique nous rappellent les dangers d’une idéologie qui entend soumettre la société et les institutions à une conception totalitaire de la religion.

Trop longtemps hélas, en France, dans la patrie des Lumières, nous n’avons pas été à la hauteur.
Trop longtemps, les Républicains ont reculé.
Trop longtemps, ils ont cédé.
Trop longtemps, ils n’ont pas suffisamment agi pour endiguer la progression de ces idéologies.

Or, on ne combat efficacement que ce que l’on accepte de nommer. Et l’on ne gagne aucune bataille sans avoir d’abord posé le bon diagnostic.

C’est cela, aussi, que nous rappelle le souvenir vivant de Samuel Paty et de Dominique Bernard.

Célébrer leur mémoire, aujourd’hui, plusieurs années après leur assassinat, cela signifie faire le serment de ne rien lâcher. De ne pas céder. De ne pas succomber à la peur.

Cela veut dire également affirmer, envers et contre tout, la force de nos principes universels et la puissance de la fraternité.

Avoir l’audace de les porter haut face aux fanatismes, face à la violence, face à tous ceux qui veulent nous intimider et nous diviser, face aux obscurantismes et aux diktats des dogmes fermés, absolutistes et aveugles.

Cela signifie, enfin, préserver l’indépendance de l’École de la République à l’égard de toutes les emprises spirituelles, religieuses et idéologiques.

En clair : cela signifie protéger cette institution essentielle contre les intrusions, les pressions et les chantages de tous ordres. Et cela implique, pour reprendre les mots Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale du gouvernement de Léon Blum, de garantir à l’enceinte scolaire son caractère de havre et de sanctuaire. « Les écoles, recommandait Jean Zay, doivent rester un asile inviolable où les querelles des hommes ne pénètrent pas ».

C’était valable en 1936, quand ces lignes furent écrites. Mais cela l’est, tout autant quatre-vingt-dix ans plus tard, aujourd’hui, en 2026 !

Et cela prend une résonance particulière face à l’intense crise que traverse notre système éducatif.

Depuis plusieurs semaines, les mobilisations de lycéens nous interpellent. Derrière les manifestations, derrière les revendications, il y a des inquiétudes, des doutes, des découragements et parfois un véritable désespoir.

Le Grand Orient de France ne peut naturellement rester insensible à ces souffrances, à ces demandes, à ces colères.

Car cette jeunesse est la nôtre. Ce sont nos enfants. Et c’est leur avenir, donc celui de notre République, qui est en jeu !

Cette jeunesse nous interpelle. Nous lui devons une réponse. Et cette réponse ne peut être que matérielle ou économique. Elle doit aussi être éducative, morale et profondément humaniste. Elle doit redonner du sens, de la confiance et des perspectives.

Gardons à l’esprit cet avertissement de Charles Péguy, qui écrivait en 1910 : « les crises de l’éducation sont des crises de civilisation ».
Mes Très Chers Frères, Mes Très Chères Sœurs, Mesdames, Messieurs, chers amis,

Tant que nous garderons à l’esprit que ce qui s’accomplit sous les « préaux de la République » est notre bien le plus précieux et notre promesse la plus lumineuse, nous resterons fidèles à la mémoire de Samuel Paty et de Dominique Bernard. Fidèles à leur engagement. Fidèles à leur courage. Fidèles à cette conviction que l’École peut et doit émanciper chaque enfant.

Vive l’école de la République !

Vive la République indivisible, laïque, démocratique et sociale !

J’ai dit.

Guillaume TRICHARD
Grand Maître du Grand Orient de France

Conférence publique « Laïcité, Spiritualité et Franc-Maçonnerie » organisée par la Loge L’Atelier Écossais d’Étampes à l’occasion de son 20e anniversaire le vendredi 9 octobre 2026

A l’occasion de son 20ème anniversaire, la Loge du Grand Orient de France  « L’Atelier Écossais » à Étampes organise une conférence publique « LAÏCITÉ, SPIRITUALITÉ et FRANC-MAÇONNERIE » le vendredi 9 octobre 2026 à 19h, salle de conférences de l’EPS Barthelemy Durand, Avenue du 8 mai 1945 – 91150 Étampes.

L’inscription est gratuite mais obligatoire, en indiquant ci dessous vos nom, prénom et adresse mail.

Les conférenciers : 

  • Jean-François COLOSIMO, éditeur et essayiste
  • François CAVAIGNAC, auteur et historien de la Franc-maçonnerie.

Suivie d’une table ronde et d’échanges avec le public animés par Lou FRITEL, journaliste,  en présence de Gérard LARCHER, Président du Sénat, et de Guillaume TRICHARD, Grand Maître du Grand Orient de France. 

Le nombre de places est limité à 200. Les inscriptions seront prises en compte en fonction de leur ordre d’arrivée.

Inscriptions en ligne

5mn de symbolisme « Marianne »

Marianne

V :. M :. et vous tous mes frères et sœurs en vos grades et qualité,


Lors de mon initiation, j’ai eu le bonheur de naître à la maçonnerie et de connaître le même jour ma sœur jumelle. Dans la vie profane, ni elle ni moi n’avons de frère ou de sœur de sang. Mais ce soir-là, nous nous sommes reconnus instantanément. Et depuis, avec pourtant des parcours bien différents, chacun recherche la compagnie de l’autre, chacun reste profondément attaché et attentif à l’autre.

Pourquoi est-ce que je vous parle de ma sœur jumelle ? Parce que c’est grâce à elle si l’effigie de Marianne, cette figure de la République qui nous est chère, décore notre Orient.
Marianne, c’est cette femme au bonnet rouge, au regard farouche et lumineux, dont le visage orne les mairies françaises, les timbres-poste, les formulaires administratifs et les bâtiments officiels. Vous la connaissez tous, il me faudrait plusieurs heures pour vous raconter son histoire. Ce soir, je me contenterai d’évoquer son origine comme puissance symbolique.

Remontons quelques siècles en arrière. Avant qu’elle n’existe, il y avait un roi, un roi sacré, un roi représentant de Dieu sur terre, dont la silhouette ornait les lieux publics, les pièces de monnaie, les sceaux royaux. Chaque document officiel était émis en son nom ; chaque soldat jurait fidélité à sa personne. Sous l’Ancien Régime, c’est la personne physique du roi qui incarnait la France.

A la fin du XVIIIe siècle, la France allait traverser la Révolution. Brutale, terrible. Dès l’été 1789, l’Assemblée nationale constituante travaille à toute allure. Elle abolit les privilèges féodaux dans la nuit du 4 août. Elle vote la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, elle rédige une Constitution, elle réorganise le territoire français en départements, elle nationalise les biens de l’Eglise, elle crée une France nouvelle pièce par pièce dans une sorte d’ivresse législative.

Et dans ce processus, une question se pose. Comment représenter cette France nouvelle ? Avec quel symbole ? Quelles images ? Quels emblèmes ? L’urgence de la question est réelle. Dans une société largement analphabète, les images ont un pouvoir immense. Si la Révolution veut s’imposer dans les consciences, si elle veut créer une nouvelle légitimité, elle doit produire de nouvelles images qui remplacent les anciennes. Mais à quoi ressemble une nation ? À quoi ressemble un peuple ? Les premiers révolutionnaires cherchent des modèles dans l’antiquité comme ils le font pour tout le reste. La Grèce et Rome sont leur référence permanente. La liberté pour eux a le visage de la Rome républicaine. Sévère, virile, austère. Mais pour représenter la liberté dans les images populaires, une figure féminine s’impose plus naturellement.

En effet, dans la tradition allégorique européenne, les vertus abstraites sont féminines : la justice était une femme tenant une balance et un glaive ; la paix était une femme tenant un rameau d’olivier ; la prudence regardait dans un miroir ; la force tenait une colonne. Libertas, la déesse romaine de la liberté était aussi une femme. Elle était représentée avec un bonnet particulier, le piléus que les esclaves affranchis recevaient lors de leur libération. Ce bonnet passé dans la culture populaire française sous le nom de bonnet phrygien en référence aux représentations antiques, allait devenir l’attribut le plus reconnaissable de Marianne, celui qu’on identifie immédiatement, même de loin, même sur une petite pièce de monnaie. L’origine du nom, Marianne, est incertaine. L’explication la plus souvent avancée, est peut-être la plus belle. Marianne serait simplement la combinaison de deux prénoms très communs dans la France populaire du 18e siècle, Marie et Anne.

Les grandes religions durent parce qu’elles donnent aux gens des symboles qui incarnent leurs valeurs les plus profondes. La Révolution française a fait la même chose : elle ne s’est pas contentée de créer un nouveau régime politique. Elle a créé une nouvelle culture visuelle, un système civique avec ses fêtes, ses rituels, ses symboles, ses images sacrées. Et au centre de cette nouvelle culture visuelle, il y a toujours cette figure féminine qui incarne la Liberté, la République ou la Nation.

Marianne n’est pas seulement une image, elle est une icône dans le sens fort du terme. Elle représente la France comme projet, comme aspiration. Elle représente l’idée que la souveraineté appartient au peuple, que la liberté et l’égalité ne sont pas des privilèges, mais des droits, que la fraternité humaine est un idéal pour lequel il vaut la peine de se battre. Entre ceux qui ont des idées politiques opposés, ces symboles n’effacent pas les désaccords, ils ne les résolvent pas, mais ils permettent de coexister en proposant une communauté de sens qui relie chaque individu à quelque chose de plus grand que lui.

Marianne a été créée en France à la fin du siècle des Lumières, ce siècle qui a acquis la conviction que la raison et la science peuvent guider les affaires humaines mieux que la révélation ; Marianne a été créée dans les années 1780 à 1795, et aujourd’hui elle nous rappelle cet acte fondateur. Mais son rôle le plus essentiel va bien au-delà : il est d’obliger chaque génération à questionner la République, sa conception, sa transmission. Que signifient vraiment la liberté, l’égalité, la fraternité au 21e siècle, dans un monde qui cherche ses repères, dans une France qui se débat avec ses contradictions et ses
doutes ? C’est le propre des grands symboles. Ils n’offrent pas de réponses, ils sont des invitations à réfléchir.

Alors ce soir, je voudrais simplement remercier ma sœur jumelle qui m’a donné l’occasion d’explorer cette allégorie de la République, et qui a donné l’occasion à notre atelier d’afficher cette belle figure de Marianne à l’Orient.

J’ai dit.