
V :. M :. et vous tous mes frères et sœurs en vos grades et qualité,
La franc-maçonnerie ne prévoit pas de noviciat, cette période nécessaire pour qu’un candidat qui souhaite entrer dans un ordre religieux, fasse l’expérience de sa vie future, puisse éprouver sa volonté et acquérir la certitude de sa vocation. Au contraire ! Dès son initiation, l’apprenti franc-maçon doit directement faire face au long chemin qu’il a décidé d’emprunter. Dès cet instant, on lui demande une persévérance et une vigilance constantes : ses maîtres-mots deviennent assiduité, travail, comportement exemplaire, maîtrise de soi… jusqu’à ce qu’il se rende apte, ou non, à passer la succession de grades qui se présentent à lui.
Avant de prononcer ses vœux et d’intégrer définitivement sa communauté, le novice à la vie religieuse a déjà eu un aperçu de ce que sera son existence. Mais avant son initiation, l’Apprenti maçon, lui, n’en a au contraire aucune idée. Et à moins de démissionner, il n’a plus vraiment le choix : ce sera à lui de percevoir la Sagesse en éprouvant le silence, la Force en apprenant à diriger sa volonté, la Beauté en s’intégrant harmonieusement à la communauté qui l’a fait naître.
Cette méthode maçonnique nous oblige triplement :
- D’abord, lors du vote par boules blanches et noires, elle oblige les membres de la loge à
dissiper tout doute résiduel, à se poser la question : le candidat pourra-t-il s’intégrer
facilement dans notre communauté ? Je vous avoue que, toutes les fois que j’entends, en
parlant d’un candidat potentiel, une phrase du style « lui, ça lui ferait du bien de nous
rejoindre », je suis gêné. La question se pose peut-être pour certains mais elle ne doit pas
être placée au centre du débat. - Ensuite, elle oblige le nouvel apprenti à se fondre dans la communauté qui l’a élu, à s’y
intégrer comme les bâtisseurs des cathédrales s’intégraient aux chantiers successifs dans
lesquels ils étaient admis : en donnant le meilleur d’eux-mêmes, en apportant leur style
propre, tout en gardant une forme d’humilité. Sauf dans de rares exceptions, leur nom a
disparu. Et seule leur contribution à la construction collective reste dans l’Histoire. - Enfin, pour tendre vers une forme d’universel, elle oblige la loge à adopter deux attitudes
d’équilibre, tout aussi importantes l’une que l’autre :
– d’une part maintenir une forme de tradition initiatique qui respecte les fondamentaux du rituel afin de rester une puissance symbolique,
– d’autre part remettre perpétuellement en question sa méthode, autrement dit être
capable de faire circuler le verbe, reformuler le rituel et travailler les symboles. - Au tout début de la cérémonie, le rituel d’initiation nous enseigne ceci « La franc-maçonnerie a été fondée pour être le Centre de l’Union. Cette mission impose des devoirs qu’il faut accepter sans réticence et avec enthousiasme. » Cette formule « le Centre de l’Union » signifie que la loge est un foyer spirituel, un creuset, un espace où chaque membre, tout en étant unique, contribue à l’unité collective et aspire à des valeurs de fraternité et de sagesse au service de la communauté.
- J’ai dit.






