Chapitre 9 : 1773 le Grand Orient révolutionne la maçonnerie

Histoire mondiale de la France

Sous la direction de Patrick Boucheron

Par Pierre-Yves Beaurepaire édition du Seuil 2017

Résumé

Chapitre :  1773, le Grand Orient révolutionne la maçonnerie

Le 16 juin 1771, le Comte de Clermont, Grand maître de la Grande Loge des maîtres de Paris dites de France meurt. 8 jours plus tard, un autre prince du sang, le duc de Chartres, futur duc d’Orléans lui succède. La transition semble s’effectuer sans heurt. Pourtant dans cette maçonnerie des princes caractéristique du 18e siècle, il s’agit bien d’une révolution dont les enjeux sont à la fois français, européen et globaux puisqu’ils sont à l’origine d’une fracture dans l’ordre entre franc-maçon autoproclamé régulier et franc-maçon dit libéraux ; fracture qui ne s’est jamais réduite depuis lors. 

A Paris la Grande Loge est en crise depuis le milieu des années 1760. Son noyau dirigeant se déchire et de nombreuses loges provinciales en profitent pour échapper à tout contrôle. C’est donc à la fois dans une perspective française et dans une perspective globale qu’il faut relire les événements de 1771-773. En effet au-delà du cosmopolitisme professé, les francs-maçons ont jeté au 18e siècle les bases d’une République universelle avec ses réseaux de correspondance, ces traités d’amitié qui régissent les relations des obédiences entre elles, ces certificats qui permettent à leur porteur d’être accueillis à travers tout le continent européen et le monde colonial, dans plusieurs milliers de temples et par quelque 200 000 frères. C’est un dispositif sans équivalent dans la sphère de la sociabilité volontaire.

À l’échelle du Royaume, la crise maçonnique interfère avec une crise politique et institutionnelle majeure, celle de la réforme des parlements du Chancelier Maupeou, que certains opposants qualifient précisément de révolution. Le duc de Chartres est exilé en raison de son soutien aux Parlements. Il faut donc attendre 1773 et son retour en grâce pour que son installation se fasse en 2 temps. L’élection de 1771 comme grand maître de la Grande Loge est confirmé les 8 et 9 mars 1773, et le 22 octobre 1773, il est solennellement installé comme grand-maître du Grand Orient de France. Or il s’agit bien d’une révolution institutionnelle, préparée entre 1771 et 1773 par le duc de Montmorency Luxembourg, le Substitut général, puis l’administrateur général de l’ordre maçonnique en France. Celui qui se fait appeler jusque dans les textes maçonniques, premier baron chrétien du Royaume, entend rétablir l’autorité au sein de l’ordre. Il promulgue dès 1771 de nouveaux statuts et règlements. Montmorency Luxembourg veut ainsi contraindre l’ensemble des ateliers à reconnaître la légitimité du nouveau corps maçonnique. L’article 5 stipule que tous les mandats des officiers de l’ordre sont désormais de 3 ans renouvelables. Quant à l’article 15, il est directement à l’origine de la révolution de 1773. Laconique, il fixe que chaque loge procédera tous les ans, par la voie du scrutin, à l’élection de ses officiers qui seront amovibles. S’en est fini du vénéralat à vie.

Bien évidemment. Les vénérables à vie n’abandonnent pas la partie sans combattre. Beaucoup crient au despotisme et refusent obstinément de faire reconstituer leur atelier par un Grand Orient auquel il dénie toute légitimité.

Le Grand-Orient entend bien être souverain dans le ressort du Royaume et interdire toute interférence étrangère à l’intérieur de frontières identifiées à celles des États, donc profanes. Pour ce faire il doit imposer à la Grande Loge de Londres sa conception révolutionnaire d’une Europe maçonnique organisée en obédience nationale. La tâche est rude car Londres entend maintenir le principe de son autorité imminente sur l’ordre maçonnique. Elle ne considère comme régulière que les grandes loges qui reconnaissent son autorité et elle les constitue alors en Grande Loge provinciale, appellation qui rappelle l’infériorité de leur rang et de leurs suggestions. Le Grand Orient donc tente de rouvrir les négociations menées avec Londres et d’obtenir un traité d’Union qui stipule que le Grand Orient de France aura une juridiction première, entière et exécutive sur son territoire. Londres refuse bien évidemment cette exigence de parité. L’obédience anglaise s’affiche à la fois en conservatoire de la régularité et de la tradition contre cette dangereuse nouveauté. 

Les thèses anglaises rencontrent évidemment les intérêts de métropoles maçonniques régionales comme à Lyon, Marseille ou Strasbourg qui voient d’un très mauvais œil l’affirmation d’un centre parisien qui se revendique centre de l’Union et entend se réserver l’exclusivité des correspondances avec l’étranger. La révolution de 1773 est donc non seulement institutionnelle et politique, mais un séisme européen du point de vue des relations Inter obédientielle. En effet, tout au long des 19e et 20e siècles, le Grand Orient ne se contentera pas de contester les prétentions de Londres à s’ériger en gardien de la régularité, cette orthodoxie maçonnique. Il militera pour une conception progressiste de l’ordre dont les membres doivent s’engager dans le champ de la cité et ne pas se contenter d’être de généreux bienfaiteurs.

Vidéo de la conférence « Que reste-t-il du discours de Ramsay de 1736 ? »

Conférence publique organisée à l’occasion du 290e anniversaire du discours de Ramsay, l’un des textes fondateurs de la Franc-maçonnerie, samedi 28 février 2026 à Paris. Avec le concours de la Loge d’Études et de Recherche République Universelle et en présence de Pierre BERTINOTTI, Grand Maître du Grand Orient de France ; de Philippe GUGLIELMI, Très Sage et Parfait Grand Vénérable du Grand Chapitre Général du Rite Français et de Pierre MOLLIER, représentant le Grand Collège des Rites écossais et son Très Puissant Souverain Grand Commandeur Christian CONFORTINI. Intervenants : Philippe FOUSSIER, ancien Grand Maître du Grand Orient de France, Laurent SEGALINI, conservateur du Musée de la Franc-Maçonnerie, Bertrand SABOT, essayiste, membre du GODF et Cécile REVAUGER, professeure des universités, historienne de la Franc-Maçonnerie

Conférence publique « La liberté de la presse en danger » avec Boualem SANSAL

Dans le cadre des Chantiers de la République, en présence de Pierre BERTINOTTI, Grand Maître du Grand Orient de France, une conférence publique sur le thème de la Liberté de la presse est organisée au GODF avec la présence exceptionnelle de : Boualem SANSAL
(Écrivain) et récemment élu « Immortel » à l’Académie française, Gérard BIARD (Rédacteur en chef de Charlie Hebdo) et Dominique PRADALIÉ
(Présidente de la Fédération internationale des journalistes (FIJ)).

Sous la lumière silencieuse de la Lune

À ce moment de mon cheminement, j’ai ressenti la nécessité profonde de m’arrêter un instant sur un symbole discret mais essentiel, celui dont la lumière ne brille qu’à travers le reflet : la Lune.  

Elle ne resplendit pas par elle-même ; elle reçoit, puis renvoie. Elle ne domine pas le ciel ; elle l’accompagne de sa lumière douce, apaisante, parfois trouble. Elle ne dévoile pas tout ; elle rappelle que la clarté se découvre par étapes, au rythme des cycles et du silence.

Pourquoi la Lune ? Peut-être parce qu’au moment où je m’éveille à la dimension spirituelle du travail, j’ai besoin d’une lumière qui n’éblouit pas, mais qui guide.  

Peut-être aussi parce que la Lune incarne le symbole d’un savoir que je ne possède pas encore, mais que j’entrevois à travers les voiles du mystère.

Le propos que je tiens à partager aujourd’hui s’inscrit dans cette contemplation. Je cherche à comprendre comment la Lune éclaire mon chemin d’apprentissage, alors que j’apprends encore à regarder sans pouvoir tout voir.  

Car la Lune est à la fois lumière réfléchie et miroir intérieur ; elle enseigne la lenteur et la transformation ; elle garde le seuil de toute révélation.

Ainsi, je développerai ce travail selon deux axes :

– la Lune comme lumière réfléchie et symbole de l’apprentissage, celle qui éclaire sans brûler et m’apprend à recevoir avant de rayonner.  

– Puis, la Lune comme miroir de ma conscience et guide de ma transformation, celle qui renvoie à l’intime de soi et conduit doucement vers l’harmonie des contraires.

I. La Lune est une lumière réfléchie et le symbole de l’apprentissage,  

Entrer dans le Temple, c’est d’abord entrer dans un espace d’éveil. C’est laisser derrière soi la lumière trop crue du monde, pour apprivoiser peu à peu la clarté apaisée de cet espace.  

Au sortir de l’initiation, je me retrouve plongé dans une atmosphère qui ne ressemble à rien de connu : des symboles silencieux, un décor ordonné, une lumière tamisée qui semble vivre d’elle-même. C’est alors que mon regard se pose sur la Lune, placée à l’Orient, symboliquement associée au Soleil et au Vénérable.

Cette Lune éclaire doucement. Elle n’est pas le centre du monde, elle n’en a pas la puissance, mais elle y dépose une clarté qui apaise l’esprit.

Cette lumière est celle de mon regard en quête, du savoir encore fragile, de la conscience en formation. Elle est aussi l’image du silence qui entoure toute naissance spirituelle : avant de parler, il faut apprendre à écouter ; avant de vouloir comprendre, il faut savoir recevoir.

Dans le monde profane, la Lune a toujours été un symbole de mystère. Les civilisations l’ont associée à la féminité, à la lunaison, à la fécondité et au rêve. Elle règle le rythme des marées et du temps, accompagne la Terre sans jamais la quitter.  

Mais au-delà de la science ou des mythes, elle demeure la compagne de la nuit : fidèle, silencieuse, parfois absente, mais toujours promise à revenir. Elle rappelle ainsi à l’homme la loi du retour et l’impermanence des choses.  

Dans son éternel changement se dévoile une leçon de stabilité : celle de la constance dans la cyclicité.

Cette constance, je la découvre à travers mon propre travail. Au fil des tenues, je comprends que la Loge est elle aussi un astre vivant, rythmé par la lumière du Soleil et celle de la Lune.

La lumière de l’un vit dans l’autre ; la connaissance se propage non par imposition mais par réverbération.

La Lune incarne ainsi la lumière réfléchie : celle qui ne brûle pas, mais qui éclaire patiemment. C’est la lumière de l’ombre, intermédiaire entre la nuit et le jour. Elle enseigne la délicatesse et l’humilité qui accompagnent toute quête.  

Sous ses rayons, j’apprends à ne pas confondre compréhension et possession. Je découvre que la vérité initiatique ne s’octroie pas dans la clarté absolue, mais s’offre dans le clair-obscur d’une perception à demi voilée.

Cette lumière du doute devient alors formatrice. Comme la Lune dépend du Soleil, je dépends encore des enseignements qui me guident. Mais de cette dépendance naît une profonde liberté : celle de recevoir pour transformer.  

Car la lumière réfléchie n’est pas simple imitation ; elle est recomposition, adaptation intérieure. Ce que le Soleil dit dans l’éclat, la Lune l’interprète dans le silence. Ce que le Maître enseigne dans la parole, je le mûris dans le secret du travail sur moi.

Le temple, illuminé par cette clarté lunaire, devient un lieu de lente gestation. Il ne s’agit pas de fuir l’ombre, mais de l’habiter, de la comprendre comme un espace fécond où se prépare la lumière.  

La Maçonnerie n’oppose pas ombre et clarté ; elle les relie. La Lune se fait donc le symbole de ce passage, de cette pédagogie par laquelle j’apprends à discerner avant de juger, à observer avant d’agir.

A mesure que je progresse, je sens qu’elle se déplace, elle ne guide plus seulement mon regard, elle devient miroir de ma conscience.

II. La Lune, miroir de ma conscience et guide de ma transformation,

En effet, la lumière que je reçois ne reste pas immobile. En entrant dans ma conscience, elle devient miroir. Ce miroir, c’est celui de la Lune. Elle ne se contente plus d’éclairer le Temple ; elle éclaire mon intérieur, révélant ce que je porte déjà en moi sans toujours le reconnaître.

En Maçonnerie, toute lumière reçue appelle la réflexion : non pas au sens intellectuel, mais au sens symbolique – réfléchir la lumière comme on reflète un regard. J’apprends ainsi à me lire moi-même à travers la Lune. Elle me renvoie mon image, parfois déformée, parfois voilée, mais toujours fidèle à ce que je suis dans l’instant : un être en transformation.  

En regardant la Lune, je contemple mon propre devenir.

Cette métaphore se double d’un enseignement alchimique. La pierre brute que je taille devient peu à peu translucide telle l’albâtre. Ma conscience se déleste de ses opacités, de ses illusions, de son orgueil, pour devenir capable de refléter la clarté sans altération.  

La Lune guide ce passage du noir au blanc, de la pesanteur à la lumière ; elle est l’astre des métamorphoses, le témoin de mon travail intérieur.

Dans la Loge, la Lune veille silencieusement sur la parole. Sous son influence, celle-ci devient rare, mesurée, dense. Le silence prend valeur de signe. Il ne s’agit plus de taire pour cacher, mais de taire pour écouter.  

Chaque parole prononcée sous la Lune engage, car elle naît d’une méditation. Le langage cesse d’être profane pour devenir sacré. Ainsi, la Lune m’enseigne la maîtrise de la parole, le respect du silence et l’attention portée aux nuances de l’écoute.

Dans cette atmosphère, la transmission maçonnique prend tout son sens. Mes Frères et Sœurs plus avancés deviennent des lunes pour moi : ils reflètent la lumière solaire du Vénérable sans la transformer en éclat aveuglant. Ils transmettent avec discrétion, bienveillance et mesure.

À mon tour, je m’inscris dans ce mouvement : je reçois pour comprendre, je médite pour me transformer.

La Lune, gardienne du seuil, accompagne ma marche entre deux mondes. Elle veille à la frontière entre visible et invisible, entre action et contemplation, entre assurance et doute. Cette position intermédiaire n’est pas faiblesse, mais équilibre.  

La sagesse lunaire consiste à marcher sur la ligne fragile qui sépare la clarté brutale de l’obscurité confuse, à me tenir dans le juste milieu où la compréhension naît.

Cet équilibre s’exprime par la relation entre le Soleil et la Lune : le Soleil symbolise l’esprit éclatant, la raison claire et l’autorité de la parole – la Lune exprime l’âme réceptive, l’intuition et la profondeur silencieuse.  

Leur union forme l’harmonie du monde et la mienne. Car la lumière véritable n’est ni le jour total ni la nuit complète : elle est ce passage, ce clair-obscur où je trouve ma justesse.

À la fin du cycle, lorsque la Lune s’efface, elle n’a pas disparu : elle s’est unie à la lumière du jour.

La lune demeure pour moi le guide silencieux de mon travail intérieur.

Puisse-je, à son image, apprendre à recevoir la Lumière, à la méditer longuement avant de la transmettre, pour qu’un jour, à mon tour, je puisse refléter, sans éblouir la clarté du Soleil intérieur. 

Divers aspects de la pensée contemporaine, émission du dimanche 1er février avec le Grand Maître Pierre Bertinotti

Invité de l’émission Divers aspects de la pensée contemporaine sur France Culture ce dimanche 1er février, le Grand Maître du Grand Orient de France, Pierre BERTINOTTI, souligne la dynamique particulièrement positive de notre obédience, tant au regard de l’augmentation de ses effectifs que de la place qu’occupe le GODF au sein de la société française et dans le débat public. Il évoque également la question essentielle de la laïcité, notamment sous l’angle de sa constitutionnalisation, ainsi que plusieurs autres thématiques d’importance.

Ecoutez l’émission du 1er février 2026

Vidéo « Table Ronde RAVENNE / ROYER : Les secrets du Thriller Maçonnique »

Rencontres Culturelles Maçonniques Lyonnaises édition 2025

Table Ronde Jacques RAVENNE / Christophe ROYER : Quel message maçonnique à travers nos œuvres ? Leurs ouvrages sont attachés aux valeurs humaines et à la fraternité. Faisant la part belle à l’imaginaire ils s’appuient sur des vérités scientifiques ou historiques. Pourquoi le Thriller est-il le meilleur outil pour parler de Franc-Maçonnerie ? Dans cette table ronde exceptionnelle enregistrée aux Rencontres Culturelles Maçonniques de Lyon, deux maîtres du suspense échangent sur leur art : Jacques Ravenne (co-auteur avec Éric Giacometti de la saga culte Antoine Marcas) et Christophe Royer (auteur de thrillers lyonnais comme Famille décomposée).

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Vidéo « La Laïcité pour les nuls : Liberté, Séparation et Idées reçues »

Rencontres Culturelles Maçonniques Lyonnaises édition 2025

Table Ronde Michel Miaille / Thomas Meszaros / Philippe Roblin , animateur : Bernard FIEUX : La loi de 1905 et la liberté absolue de conscience Voile, Crèches, Hanouka à l’Élysée : Que dit vraiment la loi de 1905 ? La laïcité est un concept de philosophie politique, qui pose la séparation des Eglises se et de l’Etat. Elle vise ainsi à assurer pour tous, les meilleures conditions d’un développement spirituel et moral, dans le plus strict respect des libertés fondamentales que sont la liberté de conscience et la liberté de penser. La liberté est consubstantielle à la spiritualité. Celle-ci permet à l’homme de s’élever au-dessus de tout ce qui l’empêche de penser librement, de dépasser le moi partiel et partial, les préjugés et les passions, pour aller vers une perspective universelle ».

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