5mn de symbolisme « Le pain »

V :. M :. et vous tous mes frères et sœurs en vos grades et qualité,

Si le temple représente le monde, alors cet été le monde a changé : l’occident pèse moins lourd. Vos deux surveillants préférés, accompagnés de NTCF G…, en avaient fait le pari et, se souvenant après pas mal d’années du repas frugal, le pain et l’eau, offert dans le cabinet de réflexion, ils ont entrepris ce que chaque maçon est sensé faire mais qui, pour eux, était inconcevable : dégrossir la pierre brute. Alors ce soir, retournons quelques instants dans le cabinet de réflexion et arrêtons-nous sur la présence du pain, bien qu’il ne soit pas recommandé dans tous les régimes.

Le pain possède une charge symbolique puissante et s’il n’est pas question ce soir d’en détailler tout le sens, commençons par rappeler quelques fondamentaux. Le pain est l’aliment de base traditionnel dans beaucoup de civilisations. Il est intimement lié à
l’agriculture et à la technique, puisque de nombreuses étapes sont nécessaires à sa fabrication, depuis le battage du blé jusqu’à l’élaboration de la pâte et sa cuisson. Il véhicule des valeurs universelles, simples, mais fondamentales pour l’accomplissement de chacun. Il représente les moissons, les cycles, l’alternance des phases de mort et de résurrection. Pour les Juifs, le pain levé rappelle la condition ancienne, celle de l’esclavage et du péché avant l’exode. A l’inverse, le pain sans levain symbolise la pureté et la vérité. Tandis que chez les Chrétiens, le pain est un aliment sacré. Il rappelle la dernière Cène, le dernier repas que Jésus a partagé avec ses apôtres avant sa Passion, et en incarnant le corps du Christ dans l’Eucharistie ; il devient le lien matériel de communion entre Dieu et les hommes.

Dans de nombreuses cultures, le pain se partage avant d’être consommé et de ce fait, il est lié à charité et à la fraternité. En franc-maçonnerie, le pain est l’un des premiers symboles que le novice rencontre au début de son initiation. Peut-être parce qu’il combine les quatre éléments alchimiques : la terre d’où germent les épis de blé, l’eau, l’air avec l’action du levain et du pétrissage, et bien sûr le feu. Terre, Eau, Air, Feu, tous les quatre se rejoignent dans ce qui est devenu la base de l’alimentation humaine. Dans les rites maçonniques, il existe des mots de passe qui appartiennent au champ lexical du pain et le compagnon lui-même est littéralement « celui avec qui l’on partage le pain ». Le pain associe intimement deux valeurs centrales et universelles : celle du travail et celle du partage. Le franc-maçon est comme le pain : il faudra un long travail de tri (on pense au bon grain et à l’ivraie…), de pétrissage et de transformation intime pour devenir un homme accompli. Notons que le symbolisme du pain est proche de celui de la pierre : il faut tailler la pierre comme il faut pétrir la pâte, et cela
nécessite savoir-faire, expérience, effort et volonté.

Cette analogie m’a fait penser au poème en prose de Francis Ponge, qui s’intitule Le Pain. Voici un extrait : « La surface du pain est merveilleuse d’abord à cause de cette impression quasi panoramique qu’elle donne : comme si l’on avait à sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des Andes. Ainsi donc une masse amorphe en train d’éructer fut glissée pour nous dans le four stellaire, où durcissant elle s’est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, crevasses… » Par cette évocation, Francis Ponge m’a rappelé les gongshi ou pierres de lettrés, que les hommes érudits poètes ou peintres chinois posaient sur leur table pour leur donner l’inspiration ou les faire s’évader. La croûte du pain est comme ces montagnes, ces vallées, ces grottes en miniature, comme autant de représentations réduites du monde, à la manière de fractales. Et le franc-maçon est
semblable au poète ; il est semblable au lettré chinois : chacun, à sa manière, explore le monde souterrain des symboles, du langage ou des rêves, chacun contemple l’harmonie des horizons, chacun dévoile les liens invisibles entre les vérités.

Mais revenons à des considérations plus terre à terre : pour J…, G… et moi, les repas frugaux
sont toujours au programme. Plus ou moins… Il est encore loin le temps où je pourrai évoquer devant vous cet autre poème de Francis Ponge intitulé « La Crevette ». De toute façon, je suis sauvé, il n’y a aucune trace d’un tel crustacé dans le répertoire des symboles maçonniques. Et oui, pour nous trois, de longs et pénibles efforts seront encore nécessaires avant que notre tâche soit achevée.

La pierre brute est à peine dégrossie. L’heure du repos n’est donc pas arrivée.

J’ai dit.

5mn de symbolisme « La Communauté initiatique ou le Centre de l’Union »


V :. M :. et vous tous mes frères et sœurs en vos grades et qualité,

La franc-maçonnerie ne prévoit pas de noviciat, cette période nécessaire pour qu’un candidat qui souhaite entrer dans un ordre religieux, fasse l’expérience de sa vie future, puisse éprouver sa volonté et acquérir la certitude de sa vocation. Au contraire ! Dès son initiation, l’apprenti franc-maçon doit directement faire face au long chemin qu’il a décidé d’emprunter. Dès cet instant, on lui demande une persévérance et une vigilance constantes : ses maîtres-mots deviennent assiduité, travail, comportement exemplaire, maîtrise de soi… jusqu’à ce qu’il se rende apte, ou non, à passer la succession de grades qui se présentent à lui.

Avant de prononcer ses vœux et d’intégrer définitivement sa communauté, le novice à la vie religieuse a déjà eu un aperçu de ce que sera son existence. Mais avant son initiation, l’Apprenti maçon, lui, n’en a au contraire aucune idée. Et à moins de démissionner, il n’a plus vraiment le choix : ce sera à lui de percevoir la Sagesse en éprouvant le silence, la Force en apprenant à diriger sa volonté, la Beauté en s’intégrant harmonieusement à la communauté qui l’a fait naître.

Cette méthode maçonnique nous oblige triplement :

  • D’abord, lors du vote par boules blanches et noires, elle oblige les membres de la loge à
    dissiper tout doute résiduel, à se poser la question : le candidat pourra-t-il s’intégrer
    facilement dans notre communauté ? Je vous avoue que, toutes les fois que j’entends, en
    parlant d’un candidat potentiel, une phrase du style « lui, ça lui ferait du bien de nous
    rejoindre », je suis gêné. La question se pose peut-être pour certains mais elle ne doit pas
    être placée au centre du débat.
  • Ensuite, elle oblige le nouvel apprenti à se fondre dans la communauté qui l’a élu, à s’y
    intégrer comme les bâtisseurs des cathédrales s’intégraient aux chantiers successifs dans
    lesquels ils étaient admis : en donnant le meilleur d’eux-mêmes, en apportant leur style
    propre, tout en gardant une forme d’humilité. Sauf dans de rares exceptions, leur nom a
    disparu. Et seule leur contribution à la construction collective reste dans l’Histoire.
  • Enfin, pour tendre vers une forme d’universel, elle oblige la loge à adopter deux attitudes
    d’équilibre, tout aussi importantes l’une que l’autre :
    – d’une part maintenir une forme de tradition initiatique qui respecte les fondamentaux du rituel afin de rester une puissance symbolique,
    – d’autre part remettre perpétuellement en question sa méthode, autrement dit être
    capable de faire circuler le verbe, reformuler le rituel et travailler les symboles.
  • Au tout début de la cérémonie, le rituel d’initiation nous enseigne ceci « La franc-maçonnerie a été fondée pour être le Centre de l’Union. Cette mission impose des devoirs qu’il faut accepter sans réticence et avec enthousiasme. » Cette formule « le Centre de l’Union » signifie que la loge est un foyer spirituel, un creuset, un espace où chaque membre, tout en étant unique, contribue à l’unité collective et aspire à des valeurs de fraternité et de sagesse au service de la communauté.
  • J’ai dit.

Cérémonie en hommage à Samuel PATY et Dominique BERNARD le vendredi 16 octobre 2026 à 12h au Square Samuel PATY, 75005 Paris

En hommage à Samuel PATY et Dominique BERNARD, le Grand Orient de France et le Collectif Laïque National vous convient à une cérémonie vendredi 16 octobre 2026 à 12h00 au Square Samuel PATY (75005 PARIS), en présence de dignitaires des Obédiences maçonniques et de présidents d’associations laïques.

Discours de Guillaume TRICHARD, Grand Maître du Grand Orient de France en hommage à Samuel Paty et Dominique Bernard – Paris, Square Samuel Paty, prononcé le 16 octobre 2026.

Mes Très Chers Frères Grands Maîtres, Mes Très Chers Frères et Mes Très Chères Sœurs dignitaires des Obédiences amies,
Mesdames, Messieurs les Présidents des associations du Collectif Laïque National,
Mes Très Chers Frères et Sœurs Conseillers de l’Ordre du Grand Orient de France,
Mes très Chers Frères Anciens Grands Maîtres du Grand Orient de France,
Mesdames, Messieurs les élus de la République,
Mes Très Chers Frère, Mes Très Chères Sœurs,
Mesdames, Messieurs, chers amis,

Il faisait son métier. Il aimait son métier. Il aimait ses élèves.
Mieux : il leur était dévoué, dévoué à leurs apprentissages, dévoué à leurs progrès sur la voie de la connaissance, dévoué à l’épanouissement de leur curiosité et de leur intelligence, car il avait, au cœur, la passion de la transmission.

Enseigner, expliquer, transmettre.

Transmettre pour éclairer, transmettre pour ouvrir l’esprit, transmettre pour faire grandir, transmettre pour « augmenter ».

Il aimait passionnément faire cours, il aimait l’idée que, dans ces moments, par l’alchimie de la transmission, le flambeau du savoir passait insensiblement de génération en génération, raffermissant la chaîne vitale du genre humain.

C’était là son idéal. C’était là sa vie.
C’était l’un des cœurs ardents de son existence.
C’était l’idéal de Samuel Paty, dont nous célébrons aujourd’hui la mémoire.
Et, à ses côtés, nous honorons celle bien sûr de Dominique Bernard, autre martyr de l’École de la République.
Ces deux professeurs, ces deux héros de notre école ont été des sentinelles de la République.
Ils ont tenu leur rang.
Ils ont rempli leur rôle.
Jusqu’au bout.
Admirablement.

Samuel Paty a été le gardien vigilant, appliqué des idéaux les plus élevés de notre République indivisible, laïque, démocratique et sociale.

De la trempe des généreux, il avait voué son énergie et son talent à la puissance d’émancipation de notre école. Et c’est de cela, précisément, qu’il est mort. C’est cela qu’a visé et frappé son bourreau, avec l’implacable fureur des fanatiques.

Ces derniers, ne nous y trompons pas, savent toujours ce qu’ils font.

Oui, son assassin, avec une radicalité dans le mal qui glace le sang, a puni de mort l’humanisme de sa victime.

Samuel Paty n’a commis aucune faute. Il n’a fait preuve d’aucune imprudence. Il n’est coupable d’aucune incartade, d’aucun mot malheureux. Il est déplorable, lamentable, obscène même que certains osent encore le laisser entendre, six ans après son assassinat…

Répétons-le : il n’a fait que son métier, servant encore et toujours, avec une persévérance remarquable, la cause du savoir et de sa transmission.

C’est pour cela qu’il a été assassiné.

Le 16 octobre 2020, à Conflans Saint-Honorine, dans les Yvelines, où nous lui rendrons un nouvel hommage demain matin à 11heures, l’impensable s’est produit : un professeur de notre République a été assassiné, décapité par un terroriste islamiste, pour avoir enseigné la liberté d’expression.

Trois ans plus tard, le 13 octobre 2023, devant le lycée d’Arras dans le Pas-de-Calais, Dominique Bernard périssait à son tour sous les coups de couteau d’un terroriste islamiste.

Samuel Paty fut sauvagement décapité pour avoir simplement enseigné, après avoir été dénoncé par une élève et avoir été victime d’une campagne de haine menée avec une féroce intensité sur les réseaux sociaux. Lors d’une leçon sur la liberté d’expression, il avait montré à ses élèves une caricature de Charlie Hebdo.

Son intention était d’expliquer le sens des images, d’analyser avec eux leur force satirique, de leur apprendre à comprendre, à questionner, à exercer leur jugement.

En un mot, à penser librement.

Deux enseignants, l’un d’histoire-géographie, l’autre de français.

Une même passion de la transmission.

Un identique attachement à la République.

Une même fidélité à sa promesse d’égalité et d’émancipation.

Dans une époque de tous les excès, de tous les vertiges et de toutes les confusions relativistes, ces deux professeurs-courage n’ont rien cédé sur l’essentiel.

Ils ont tenu leur place avec droiture. Ils ont cru profondément dans la personne humaine, dans sa capacité à progresser, à s’élever, à s’émanciper.

Ils étaient, au sens le plus noble du terme, des héritiers des Lumières, des militants du progrès humain et de la “perfectibilité”.

Une idée, en particulier, leur était chère : la laïcité.

Ils savaient, par expérience, et par connaissance, que sans ce principe recteur, c’est la liberté de conscience elle-même qui se trouve menacée.

Ils se voulaient les humbles et efficaces serviteurs de cette laïcité, chaque jour, dans leur salle de classe.
Ils n’ignoraient pas non plus que ce principe si incompris, si contesté, si bafoué de nos jours, est d’abord un principe de liberté : un principe qui libère, au sens premier du terme.

Car la laïcité ne retranche rien à la liberté. Elle la rend possible.

Comme le voulait Ferdinand Buisson, l’un de ses grands penseurs, le principe de la laïcité garantit à chacun la liberté de croire ou de ne pas croire, respecte les convictions de tous, et fonctionne dans notre République comme une voûte de soutènement de la liberté de conscience.

Mes Très Chers Frères, Mes Très Chères Sœurs, Mesdames, Messieurs, chers amis,
Alors que nous célébrons aujourd’hui la mémoire de Samuel Paty et de Dominique Bernard, une question nous oblige : que faisons-nous de leur héritage ?

Si leur exemple lumineux, par-delà la mort, demeure vivace pour nous, s’il reste une inspiration et une puissante source d’espérance, c’est parce qu’ils ont été des « Républicains de bataille », au sens que Georges Clemenceau donnait à cette expression.

Oui, ils ont été, l’un dans les Yvelines, l’autre dans le Pas-de-Calais, à leur poste et – si j’ose le dire ici – en leurs grades et qualités, des Républicains de bataille.

Des Républicains ardents et vigilants.

Des Républicains déterminés.

Ils ont porté une idée de l’école reposant sur une exigence simple, non négociable : que l’école demeure un espace protégé des pressions religieuses, idéologiques et identitaires. Non par hostilité envers les religions, mais pour permettre à chaque élève de construire librement son jugement, sans subir de pression sur sa conscience.

Car l’École de la République n’a pas vocation à assigner les enfants à leurs origines, à leurs croyances ou à celles de leurs parents. Elle a vocation à leur ouvrir tous les horizons. Les idées mortifères prospèrent toujours sur la perte des repères fondamentaux. Samuel Paty et Dominique Bernard le savaient.

Oui je vous le dis, si nous ouvrons les portes de l’institution scolaire à ces doctrines qui prétendent assujettir les consciences, si nous cédons devant ceux qui veulent substituer leurs dogmes aux principes de la République, alors c’est la mission émancipatrice de notre école que nous abandonnons. Et, avec elle, la clé de voûte de notre République.

Et je veux le dire clairement ici, peu importe les risques, l’islamisme constitue aujourd’hui l’une des expressions les plus dangereuses de ce fanatisme qui prétend soumettre la liberté de conscience à la loi religieuse. C’est l’idéologie islamiste qui a armé le bras des meurtriers de Samuel Paty et de Dominique Bernard.

Ces deux serviteurs de l’Éducation nationale connaissaient le danger de l’intégrisme et du fondamentalisme. Et c’est à ce péril qu’ils ont opposé, jusqu’à leur dernier souffle, un pari sur le savoir, un pari sur la connaissance émancipatrice.

Ce pari nous oblige.

Dans la fidélité à leur mémoire, nous devons nous mobiliser contre le fléau de l’islamisme. Oui, il nous faut tenir en cette occasion un langage de vérité.

Partout dans le monde, l’islamisme continue à semer la désolation et le chaos. Partout où il impose son emprise, l’islamisme menace les libertés, nourrit l’intolérance, légitime les persécutions et, dans ses formes les plus violentes, répand la terreur.

Depuis la fondation des Frères musulmans en Egypte en 1928, jusqu’aux mouvements djihadistes contemporains, les différentes expressions de l’islamisme politique nous rappellent les dangers d’une idéologie qui entend soumettre la société et les institutions à une conception totalitaire de la religion.

Trop longtemps hélas, en France, dans la patrie des Lumières, nous n’avons pas été à la hauteur.
Trop longtemps, les Républicains ont reculé.
Trop longtemps, ils ont cédé.
Trop longtemps, ils n’ont pas suffisamment agi pour endiguer la progression de ces idéologies.

Or, on ne combat efficacement que ce que l’on accepte de nommer. Et l’on ne gagne aucune bataille sans avoir d’abord posé le bon diagnostic.

C’est cela, aussi, que nous rappelle le souvenir vivant de Samuel Paty et de Dominique Bernard.

Célébrer leur mémoire, aujourd’hui, plusieurs années après leur assassinat, cela signifie faire le serment de ne rien lâcher. De ne pas céder. De ne pas succomber à la peur.

Cela veut dire également affirmer, envers et contre tout, la force de nos principes universels et la puissance de la fraternité.

Avoir l’audace de les porter haut face aux fanatismes, face à la violence, face à tous ceux qui veulent nous intimider et nous diviser, face aux obscurantismes et aux diktats des dogmes fermés, absolutistes et aveugles.

Cela signifie, enfin, préserver l’indépendance de l’École de la République à l’égard de toutes les emprises spirituelles, religieuses et idéologiques.

En clair : cela signifie protéger cette institution essentielle contre les intrusions, les pressions et les chantages de tous ordres. Et cela implique, pour reprendre les mots Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale du gouvernement de Léon Blum, de garantir à l’enceinte scolaire son caractère de havre et de sanctuaire. « Les écoles, recommandait Jean Zay, doivent rester un asile inviolable où les querelles des hommes ne pénètrent pas ».

C’était valable en 1936, quand ces lignes furent écrites. Mais cela l’est, tout autant quatre-vingt-dix ans plus tard, aujourd’hui, en 2026 !

Et cela prend une résonance particulière face à l’intense crise que traverse notre système éducatif.

Depuis plusieurs semaines, les mobilisations de lycéens nous interpellent. Derrière les manifestations, derrière les revendications, il y a des inquiétudes, des doutes, des découragements et parfois un véritable désespoir.

Le Grand Orient de France ne peut naturellement rester insensible à ces souffrances, à ces demandes, à ces colères.

Car cette jeunesse est la nôtre. Ce sont nos enfants. Et c’est leur avenir, donc celui de notre République, qui est en jeu !

Cette jeunesse nous interpelle. Nous lui devons une réponse. Et cette réponse ne peut être que matérielle ou économique. Elle doit aussi être éducative, morale et profondément humaniste. Elle doit redonner du sens, de la confiance et des perspectives.

Gardons à l’esprit cet avertissement de Charles Péguy, qui écrivait en 1910 : « les crises de l’éducation sont des crises de civilisation ».
Mes Très Chers Frères, Mes Très Chères Sœurs, Mesdames, Messieurs, chers amis,

Tant que nous garderons à l’esprit que ce qui s’accomplit sous les « préaux de la République » est notre bien le plus précieux et notre promesse la plus lumineuse, nous resterons fidèles à la mémoire de Samuel Paty et de Dominique Bernard. Fidèles à leur engagement. Fidèles à leur courage. Fidèles à cette conviction que l’École peut et doit émanciper chaque enfant.

Vive l’école de la République !

Vive la République indivisible, laïque, démocratique et sociale !

J’ai dit.

Guillaume TRICHARD
Grand Maître du Grand Orient de France

Conférence publique « Laïcité, Spiritualité et Franc-Maçonnerie » organisée par la Loge L’Atelier Écossais d’Étampes à l’occasion de son 20e anniversaire le vendredi 9 octobre 2026

A l’occasion de son 20ème anniversaire, la Loge du Grand Orient de France  « L’Atelier Écossais » à Étampes organise une conférence publique « LAÏCITÉ, SPIRITUALITÉ et FRANC-MAÇONNERIE » le vendredi 9 octobre 2026 à 19h, salle de conférences de l’EPS Barthelemy Durand, Avenue du 8 mai 1945 – 91150 Étampes.

L’inscription est gratuite mais obligatoire, en indiquant ci dessous vos nom, prénom et adresse mail.

Les conférenciers : 

  • Jean-François COLOSIMO, éditeur et essayiste
  • François CAVAIGNAC, auteur et historien de la Franc-maçonnerie.

Suivie d’une table ronde et d’échanges avec le public animés par Lou FRITEL, journaliste,  en présence de Gérard LARCHER, Président du Sénat, et de Guillaume TRICHARD, Grand Maître du Grand Orient de France. 

Le nombre de places est limité à 200. Les inscriptions seront prises en compte en fonction de leur ordre d’arrivée.

Inscriptions en ligne

5mn de symbolisme « Marianne »

Marianne

V :. M :. et vous tous mes frères et sœurs en vos grades et qualité,


Lors de mon initiation, j’ai eu le bonheur de naître à la maçonnerie et de connaître le même jour ma sœur jumelle. Dans la vie profane, ni elle ni moi n’avons de frère ou de sœur de sang. Mais ce soir-là, nous nous sommes reconnus instantanément. Et depuis, avec pourtant des parcours bien différents, chacun recherche la compagnie de l’autre, chacun reste profondément attaché et attentif à l’autre.

Pourquoi est-ce que je vous parle de ma sœur jumelle ? Parce que c’est grâce à elle si l’effigie de Marianne, cette figure de la République qui nous est chère, décore notre Orient.
Marianne, c’est cette femme au bonnet rouge, au regard farouche et lumineux, dont le visage orne les mairies françaises, les timbres-poste, les formulaires administratifs et les bâtiments officiels. Vous la connaissez tous, il me faudrait plusieurs heures pour vous raconter son histoire. Ce soir, je me contenterai d’évoquer son origine comme puissance symbolique.

Remontons quelques siècles en arrière. Avant qu’elle n’existe, il y avait un roi, un roi sacré, un roi représentant de Dieu sur terre, dont la silhouette ornait les lieux publics, les pièces de monnaie, les sceaux royaux. Chaque document officiel était émis en son nom ; chaque soldat jurait fidélité à sa personne. Sous l’Ancien Régime, c’est la personne physique du roi qui incarnait la France.

A la fin du XVIIIe siècle, la France allait traverser la Révolution. Brutale, terrible. Dès l’été 1789, l’Assemblée nationale constituante travaille à toute allure. Elle abolit les privilèges féodaux dans la nuit du 4 août. Elle vote la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, elle rédige une Constitution, elle réorganise le territoire français en départements, elle nationalise les biens de l’Eglise, elle crée une France nouvelle pièce par pièce dans une sorte d’ivresse législative.

Et dans ce processus, une question se pose. Comment représenter cette France nouvelle ? Avec quel symbole ? Quelles images ? Quels emblèmes ? L’urgence de la question est réelle. Dans une société largement analphabète, les images ont un pouvoir immense. Si la Révolution veut s’imposer dans les consciences, si elle veut créer une nouvelle légitimité, elle doit produire de nouvelles images qui remplacent les anciennes. Mais à quoi ressemble une nation ? À quoi ressemble un peuple ? Les premiers révolutionnaires cherchent des modèles dans l’antiquité comme ils le font pour tout le reste. La Grèce et Rome sont leur référence permanente. La liberté pour eux a le visage de la Rome républicaine. Sévère, virile, austère. Mais pour représenter la liberté dans les images populaires, une figure féminine s’impose plus naturellement.

En effet, dans la tradition allégorique européenne, les vertus abstraites sont féminines : la justice était une femme tenant une balance et un glaive ; la paix était une femme tenant un rameau d’olivier ; la prudence regardait dans un miroir ; la force tenait une colonne. Libertas, la déesse romaine de la liberté était aussi une femme. Elle était représentée avec un bonnet particulier, le piléus que les esclaves affranchis recevaient lors de leur libération. Ce bonnet passé dans la culture populaire française sous le nom de bonnet phrygien en référence aux représentations antiques, allait devenir l’attribut le plus reconnaissable de Marianne, celui qu’on identifie immédiatement, même de loin, même sur une petite pièce de monnaie. L’origine du nom, Marianne, est incertaine. L’explication la plus souvent avancée, est peut-être la plus belle. Marianne serait simplement la combinaison de deux prénoms très communs dans la France populaire du 18e siècle, Marie et Anne.

Les grandes religions durent parce qu’elles donnent aux gens des symboles qui incarnent leurs valeurs les plus profondes. La Révolution française a fait la même chose : elle ne s’est pas contentée de créer un nouveau régime politique. Elle a créé une nouvelle culture visuelle, un système civique avec ses fêtes, ses rituels, ses symboles, ses images sacrées. Et au centre de cette nouvelle culture visuelle, il y a toujours cette figure féminine qui incarne la Liberté, la République ou la Nation.

Marianne n’est pas seulement une image, elle est une icône dans le sens fort du terme. Elle représente la France comme projet, comme aspiration. Elle représente l’idée que la souveraineté appartient au peuple, que la liberté et l’égalité ne sont pas des privilèges, mais des droits, que la fraternité humaine est un idéal pour lequel il vaut la peine de se battre. Entre ceux qui ont des idées politiques opposés, ces symboles n’effacent pas les désaccords, ils ne les résolvent pas, mais ils permettent de coexister en proposant une communauté de sens qui relie chaque individu à quelque chose de plus grand que lui.

Marianne a été créée en France à la fin du siècle des Lumières, ce siècle qui a acquis la conviction que la raison et la science peuvent guider les affaires humaines mieux que la révélation ; Marianne a été créée dans les années 1780 à 1795, et aujourd’hui elle nous rappelle cet acte fondateur. Mais son rôle le plus essentiel va bien au-delà : il est d’obliger chaque génération à questionner la République, sa conception, sa transmission. Que signifient vraiment la liberté, l’égalité, la fraternité au 21e siècle, dans un monde qui cherche ses repères, dans une France qui se débat avec ses contradictions et ses
doutes ? C’est le propre des grands symboles. Ils n’offrent pas de réponses, ils sont des invitations à réfléchir.

Alors ce soir, je voudrais simplement remercier ma sœur jumelle qui m’a donné l’occasion d’explorer cette allégorie de la République, et qui a donné l’occasion à notre atelier d’afficher cette belle figure de Marianne à l’Orient.

J’ai dit.

Conférence / Le temps de la démocratie est-il révolu ? Samedi 20 juin 2026 à 14h30 à Cadet

Conférence publique organisée à l’occasion des jubilés des Loges Victor SCHŒLCHER 86, Victor SCHŒLCHER et Victor SCHŒLCHER, en présence de Pierre BERTINOTTI, Grand Maître du Grand Orient de France et d’une délégation du Conseil de l’Ordre.

Avec les intervenants : Marcel GAUCHET, Historien, Philosophe et Sociologue. Guy ARCIZET, Ancien Grand Maître du Grand Orient de France et Pierre BERTINOTTI, Grand Maître du Grand Orient de France et d’une délégation du Conseil de l’Ordre

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