5mn de symbolisme : La Lumière éclairant le monde

La Lumière éclairant le monde V :. M :. et vous tous mes frères et sœurs en vos grades et qualité,

Lors d’une récente visite à Colmar, en Alsace, j’ai découvert Auguste Bartholdi. Sculpteur alsacien, franc-maçon et profondément humaniste, Bartholdi a été initié à Paris en 1875, dans la fameuse loge Alsace-Lorraine du GODF, loge qui abritait de nombreuses célébrités de l’époque : des intellectuels, des artistes, des militaires et des hommes politiques. Bartholdi a eu une production sculpturale très féconde. Il est en particulier l’auteur de la statue la plus célèbre au monde. Je veux bien sûr parler de la statue de la Liberté. Alors arrêtons-nous ce midi sur cette représentation inaugurée en 1886 et essayons d’abord de trouver quelques-unes des briques qui composent sa généalogie.  

Depuis les origines, l’homme a cherché à donner forme à la lumière, et en premier lieu au soleil, même si, vouloir fixer dans la matière un principe impalpable peut sembler paradoxal. Dans la plus haute Antiquité, chez les Perses, Ahura Mazda fut la divinité unique de la religion zoroastriste. Il était esprit de lumière et par extension, de sagesse et de vérité. On le voit, avec sa barbe et ses longues ailes, représenté sur les nombreux bas-reliefs de la cité royale de Persépolis.  

Dans l’Égypte ancienne, on ne compte plus les représentations sculptées de Râ, le dieu du soleil, et de ses avatars. Sous le règne du pharaon Akhenaton, le disque solaire Aton est montré muni de rayons qui se terminent par des mains, comme si les artistes d’alors avaient cherché à figurer ce qu’on appelle aujourd’hui le rayonnement solaire, une énergie diffuse qui réchauffe et transmet la vie, une énergie universelle égale pour tous.  

Dans l’empire romain, le culte de Mithra a connu un grand succès jusqu’au IVe siècle ap. J.-C. Ce dieu très ancien, venu d’Iran et apparenté à Mazda, est le dieu de la lumière et du ciel diurne. C’est un dieu tout puissant et solaire, bienveillant et protecteur, garant de l’ordre cosmique et de la stabilité du monde. Son culte à mystère était réservé à une communauté d’adeptes. Il comprenait des rites initiatiques selon plusieurs grades, des banquets communautaires, et de la fraternité entre les membres.

En Grèce hellénistique, le dieu Hélios était vénéré notamment à Rhodes. Il était la personnificationmême du soleil. Il était représenté avec une couronne rayonnante et conduisant un char à travers le ciel. Il portait également des valeurs de fortune et de santé. Le colosse de Rhodes fut sa représentation monumentale la plus connue, visible de loin, signe de puissance et de protection des navigateurs.

Il est certain qu’au moment de concevoir la statue de la Liberté, dont le nom exact est La Liberté éclairant le monde, Bartholdi avait en tête ce précédent qui était autrefois formé d’une âme de bois recouvert de plaques de bronze. J’ajoute qu’à la fin des années 1860, bien avant qu’il fût francmaçon, il avait déjà eu l’idée d’une statue colossale à l’entrée du canal de Suez : il s’agissait d’un immense phare qui devait ressembler à une fallaha, une paysanne égyptienne en robe. La lumière devait émaner de son bandeau autour de la tête et de la torche qu’elle devait tenir à bout de bras.

Ces quelques exemples dans l’histoire de la sculpture montrent que l’homme a toujours cherché à sculpter la lumière. Ahura Mazda, Râ, Aton, Mithra ou Hélios étaient tous des dieux et au-delà de leur fonction solaire, ils transmettaient des valeurs de sagesse, de vérité, d’énergie bienfaitrice, de puissance et de fortune. Avec Bartholdi, la statue aux chaînes brisées n’est plus la représentation d’un soleil inaccessible : c’est une allégorie humaine qui porte la lumière et devient espérance, promesse de liberté dans le nouveau monde. Sa coiffe à sept branches est directement inspirée du Grand sceau de France, symbole officiel de la République française. Elle est vêtue d’une robe drapée à l’antique et si vous regardez bien, la statue fait un pas en avant, elle n’est pas statique : c’est en allant apporter la lumière vers tous les hommes que la liberté se révèlera dans la conscience de chacun.