La Rose V :. M :. et vous tous mes frères et sœurs en vos grades et qualité,
Au début de ma vie professionnelle, je me souviens avoir passé un entretien d’embauche où le recruteur m’avait posé la question : « si vous étiez un personnage célèbre, qui seriez-vous ? » Un peu surpris par la question, j’avais répondu sans trop réfléchir « Antoine de Saint-Exupéry ». Dans mon imaginaire, cette figure représentait pour moi le symbole du héros : aviateur, pionnier de l’Aéropostale, combattant courageux, écrivain, poète, né à Lyon en 1900 et « mort pour la France » en 1944, il incarnait à mes yeux un modèle, un idéal du genre humain.
Qui n’a pas lu « Le Petit Prince » ? Savez-vous que ce chef d’œuvre intemporel est le livre le plus traduit au monde après la Bible ? Il raconte l’histoire d’un aviateur qui a dû atterrir d’urgence dans le désert du Sahara. Alors qu’il essaye de réparer le moteur de son avion, un petit bonhomme aux cheveux d’or vient à lui. Il lui demande d’abord de dessiner un mouton avant de lui raconter son histoire : le petit prince a quitté son astéroïde et la rose excentrique et un poil vaniteuse, dont il est amoureux, pour partir à l’aventure. Il fait le tour des planètes, rencontre des tas de gens sérieux aux comportements absurdes, avant de croiser un renard qui lui apprend le sens du mot « apprivoiser ». Sous couvert d’une simple histoire pour les enfants, Saint-Exupéry signe là une parabole pour les adultes, un conte initiatique dans lequel un petit garçon innocent mais lucide, nous dit que la loyauté, l’amitié, la profondeur des sentiments ne s’exhibent pas : elles se vivent, elles se cultivent, elles se partagent. « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux. » nous enseigne le renard.
La rose, le renard… ce sont les deux rencontres les plus importantes du petit prince.
La rose a ses défauts et ses caprices ! Le petit prince le sait bien. Mais même loin d’elle, il lui reste fidèle. Sa loyauté ne naît pas de la perfection, mais de l’attachement sincère qu’il a construit avec elle. Quant au renard, il nous enseigne que « Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé ». Alors si je cherche dans mes souvenirs ceux qui m’ont laissé un goût durable, si je fais le bilan des heures qui ont compté dans ma vie, à coup sûr je retrouve celles où j’ai été moi-même, celles où je n’ai pas renié ce que j’avais construit, celles où j’ai renforcé les liens invisibles qui m’unissent à ceux que j’aime, qui m’unissent à vous. La véritable fidélité consiste à honorer les liens que l’on a choisi de créer.
Le rituel nous dit dès l’ouverture des travaux : « Mes frères et mes sœurs me reconnaissent comme tel ». C’est la même idée : apprivoiser le renard, être fidèle à sa rose ou reconnaître son F :. et sa S :. comme franc-maçon, signifient devenir responsable de l’autre et faire preuve d’une loyauté qui engage et qui renforce le lien. Tout le rituel d’initiation ne dit que cela, avec la scène du parjure comme point d’orgue. Et à la fin de la cérémonie, nous remettons au nouvel initié une rose afin qu’il porte symboliquement auprès de celui ou celle pour qui il a le plus d’estime une marque de fidélité.
Le monde des enfants est celui de l’insouciance et de la légèreté. Le monde des adultes est celui des affaires sérieuses et des soucis. A travers le Petit Prince, Saint-Exupéry ne nous invite pas à retomber en enfance mais plutôt à retrouver un rapport direct au monde et sans arrière-pensée, à redécouvrir le plaisir de la spontanéité et de la légèreté, à ressentir la joie immense face à la vie.
A l’issue de l’entretien avec le recruteur, j’ai eu la chance d’être embauché et, hasard ou destin, je m’occupe aujourd’hui de réparer des moteurs d’avions. J’ai dit.
